Comment le jugement est-il abandonné

Le jugement, comme les autres mécanismes par lesquels le monde des illusions se maintient, est totalement incompris du monde. En fait, il est confondu avec la sagesse et se substitue à la vérité. Selon l'usage que le monde fait du terme, un individu est capable de « bon » ou de « mauvais » jugement, et son éducation vise à renforcer le premier et à minimiser le second. Il y a toutefois une confusion considérable quant à la signification de ces catégories. Ce qui est un «bon» jugement pour l'un est un «mauvais » jugement pour un autre. De plus, même la même personne classe la même action comme une preuve de «bon» jugement à un moment et de « mauvais » jugement à un autre moment. Il n'est pas vraiment possible non plus d'enseigner des critères constants servant à déterminer ce que sont ces catégories. À tout moment l'étudiant peut être en désaccord avec ce qu'en dit son aspirant enseignant, et il se peut très bien que l'enseignant lui-même ne soit pas constant dans ses croyances. Un «bon» jugement, en ce sens, ne signifie rien. Pas plus qu'un «mauvais».

Il est nécessaire pour l'enseignant de Dieu de se rendre compte, non pas qu'il ne devrait pas juger, mais qu'il ne peut pas. En abandonnant le jugement, il abandonne simplement ce qu'il n'avait pas. Il abandonne une illusion, ou mieux : il a l'illusion d'abandonner. En fait, il est simplement devenu plus honnête. Comme il reconnaît qu'il lui a toujours été impossible de juger, il ne tente plus de le faire. Cela n'est pas un sacrifice. Au contraire, il se met dans une position où le jugement peut se faire à travers lui plutôt que par lui. Et ce jugement n'est ni «bon» ni «mauvais». C'est le seul jugement qui soit, et il n'y en a qu'un : « Le Fils de Dieu est non coupable, et le péché n'existe pas.»

Le but de notre curriculum, contrairement au but visé par l'apprentissage du monde, est de reconnaître que le jugement au sens habituel est impossible. Cela n'est pas une opinion mais un fait. Pour juger quoi que ce soit correctement, il faudrait être pleinement conscient d'un éventail inconcevablement vaste de choses passées, présentes et à venir. Il faudrait reconnaître à l'avance tous les effets de ses jugements sur tous ceux et tout ce qu'ils concernent d'une façon ou d'une autre. Et il faudrait être certain qu'il n'y a pas de distorsion dans la perception, afin que le jugement soit entièrement équitable envers chacun de ceux sur qui il porte, maintenant et dans le futur. Qui est en position de faire cela? Qui, sauf en des fantasmes de grandeur, prétendrait à cela?

Rappelle-toi le nombre de fois où tu pensais connaître tous les «faits » dont tu avais besoin pour juger, et comme tu avais tort ! Y a-t-il quelqu'un qui n'ait pas fait cette expérience ? Voudrais-tu savoir combien de fois tu pensais simplement avoir raison, sans jamais te rendre compte que tu avais tort? Pourquoi choisirais-tu une base aussi arbitraire pour prendre des décisions ? La sagesse n'est pas le jugement; c'est le renoncement au jugement. Ne porte donc plus qu'un jugement de plus. Celui-ci : Il y a Quelqu'un avec toi Dont le jugement est parfait. Lui connaît tous les faits passés, présents et à venir. Lui connaît tous les effets de Son jugement sur tous ceux et tout ce qu'il concerne de quelque façon que ce soit. Et Il est entièrement équitable envers chacun, car il n'y a aucune distorsion dans Sa perception.

Par conséquent, dépose le jugement, non pas avec regret mais avec un soupir de gratitude. Maintenant tu es libéré d'un fardeau si lourd que tu ne pouvais que chanceler et t'écrouler sous son poids. Et tout n'était qu'illusion. Rien de plus. Maintenant l'enseignant de Dieu peut se lever, soulagé de son fardeau, et continuer d'un pas léger. Or ce n'est pas cela seul qui est son bénéfice. Ses soucis ont disparu, car il n'en a pas. Il s'en est départi avec le jugement. Il s'est donné lui-même à Celui au jugement Duquel il a choisi maintenant de se fier, au lieu du sien. Maintenant il ne fait pas d ' e r r e u r s . Son Guide est sûr. Et là où il était venu juger, il vient bénir. Là où maintenant il rit, avant il venait pleurer.

Il n'est pas difficile de renoncer au jugement. Mais il est certes difficile d'essayer de le garder. L'enseignant de Dieu le dépose avec joie dès l'instant qu'il en reconnaît le coût. Toute la laideur qu'il voit autour de lui en est la conséquence. Toute la douleur qu'il regarde en est le résultat. Toute la solitude et le sentiment de perte, de temps qui passe et de désespérance de plus en plus grande, de désespoir qui rend malade et de peur de la mort; tout cela en est sorti. Et maintenant il connaît que ces choses n'ont pas besoin d'être. Pas une seule n'est vraie. Car il a abandonné leur cause, et elles, qui ne furent jamais que les effets de son choix erroné, sont tombées de lui. Enseignant de Dieu, cette étape t'apportera la paix. Peut-il être difficile de ne vouloir que cela?